2 Décembre 2025
La Figuration Narrative apparaît en France dans un contexte où l’abstraction domine encore la scène artistique. Contrairement à la Nouvelle Figuration, à laquelle elle est liée mais qu’elle radicalise, la Figuration Narrative place au cœur de son projet la dimension politique, sociale et médiatique de l’image. Les artistes entendent raconter le monde contemporain, avec ses violences, ses injustices, ses mythologies populaires.
Le mouvement est théorisé par le critique Gérald Gassiot-Talabot, notamment lors de l’exposition Mythologies quotidiennes en 1964. Les artistes y utilisent les images issues de la presse, du cinéma, de la publicité ou de la bande dessinée, mais avec un regard critique, souvent ironique. La Figuration Narrative n’imite pas les mass media : elle les détourne, les commente, les transforme en prises de position.
Parmi les figures majeures, on trouve Bernard Rancillac, Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo, Hervé Télémaque, mais aussi Peter Klasen ou Jan Voss. Leurs styles sont très différents, mais tous partagent l’idée que la peinture peut être un outil de prise de conscience, en dialogue direct avec l’histoire et l’actualité : guerre du Vietnam, luttes sociales, pouvoir politique, consumérisme.
Les caractéristiques principales de la Figuration Narrative :
– un retour narratif assumé : scènes découpées comme des plans de film, séquences, montages ;
– un engagement politique explicite ;
– des couleurs franches, parfois inspirées de l’affiche ou de la BD ;
– un usage critique des images populaires et médiatiques ;
– une réflexion sur la violence, le pouvoir, les mythes contemporains.
Dans les années 1970, le mouvement perd de sa cohésion, mais son influence reste importante. Il a montré que la peinture pouvait redevenir un langage lisible, incisif, capable de commenter le monde avec autant de force qu’un article ou qu’un reportage.